Xavier Darcos, ministre de l'Éducation nationale, le 19 décembre 2009, sur LCI
Heil Sarkozy!!!!!
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Enfin quelque lumière en ces temps de ténèbres.
Article paru dans Le Monde, édition du 28.11.08.
Une opération récente, largement médiatisée, a permis d'arrêter et d'inculper neuf personnes, en mettant en oeuvre la législation antiterroriste. Cette opération a déjà changé de nature : une fois établie l'inconsistance de l'accusation de sabotage des caténaires, l'affaire a pris un tour clairement politique. Pour le procureur de la République, "le but de leur entreprise est bien d'atteindre les institutions de l'Etat, et de parvenir par la violence - je dis bien par la violence et non pas par la contestation qui est permise - à troubler l'ordre politique, économique et social".
La cible de cette opération est bien plus large que le groupe des personnes inculpées, contre lesquelles il n'existe aucune preuve matérielle, ni même rien de précis qui puisse leur être reproché. L'inculpation pour "association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste" est plus que vague : qu'est-ce au juste qu'une association, et comment faut-il entendre ce "en vue de" sinon comme une criminalisation de l'intention ? Quant au qualificatif de terroriste, la définition en vigueur est si large qu'il peut s'appliquer à pratiquement n'importe quoi - et que posséder tel ou tel texte, aller à telle ou telle manifestation suffit à tomber sous le coup de cette législation d'exception.
Les personnes inculpées n'ont pas été choisies au hasard, mais parce qu'elles mènent une existence politique. Ils et elles ont participé à des manifestations - dernièrement, celle de Vichy, où s'est tenu le peu honorable sommet européen sur l'immigration. Ils réfléchissent, ils lisent des livres, ils vivent ensemble dans un village lointain.
On a parlé de clandestinité : ils ont ouvert une épicerie, tout le monde les connaît dans la région, où un comité de soutien s'est organisé dès leur arrestation. Ce qu'ils cherchaient, ce n'est ni l'anonymat ni le refuge, mais bien le contraire : une autre relation que celle, anonyme, de la métropole.
Finalement, l'absence de preuve elle-même devient une preuve : le refus des inculpés de se dénoncer les uns les autres durant la garde à vue est présenté comme un nouvel indice de leur fond terroriste.
LIBÉRATION IMMÉDIATE
En réalité, pour nous tous cette affaire est un test. Jusqu'à quel point allons-nous accepter que l'antiterrorisme permette n'importe quand d'inculper n'importe qui ? Où se situe la limite de la liberté d'expression ? Les lois d'exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont-elles compatibles à long terme avec la démocratie ? Sommes-nous prêts à voir la police et la justice négocier le virage vers un ordre nouveau ? La réponse à ces questions, c'est à nous de la donner, et d'abord en demandant l'arrêt des poursuites et la libération immédiate de celles et ceux qui ont été inculpés pour l'exemple.
Giorgio Agamben, philosophe ;
Alain Badiou, philosophe ;
Jean-Christophe Bailly, écrivain ;
Anne-Sophie Barthez, professeur de droit ;
Miguel Benasayag, écrivain ;
Daniel Bensaïd ;
Luc Boltanski, sociologue ;
Judith Butler ;
Pascale Casanova, critique littéraire ;
François Cusset ;
Christine Delphy ;
Isabelle Garo ;
François Gèze, éd. La Découverte ;
Jean-Marie Gleize, professeur de littérature ;
Eric Hazan, éd. La Fabrique ;
Rémy Hernu, professeur de droit ;
Hugues Jallon ;
Stathis Kouvelakis ;
Nicolas Klotz, réalisateur ;
Frédéric Lordon, économiste ;
Jean-Luc Nancy ;
Bernard Noël, poète ;
Dominique Noguez, écrivain ;
Yves Pagès, éd. Verticales ;
Karine Parrot ;
Jacques Rancière ;
Jean-Jacques Rosat ;
Carlo Santulli ;
Rémy Toulouse, éd. Les Prairies ordinaires ;
Enzo Traverso, historien ;
Jérôme Vidal, éd. Amsterdam ;
Slavoj Zizek, philosophe.
La liste complète des signataires peut être consultée sur www.soutien11novembre.org. Les signatures de soutien sont collectées sur le même site.
Le couloir du jour charrie des ombres
Grisées de la lumière qui pâle
Enfourne par les rues un ciel de nuages.
C’est l’heure du repas qui presse
Des pas vers les cantines, dans le vent
Et le sombre bruit des transports
Achève de situer la journée
Dans sa pompe ordinaire.
Je suis là à une table esseulée,
Quand l’avis noir de mon travail
Retentit du timbre de la médiocrité
Et je glisse sur les heures,
Perdu déjà pour la belle écriture.
Le médiocre du jour gris pèse un peu sur le travail, qui ne vient pas. Je traîne mon corps désoeuvré par la ville, en espérant un retour vers les feuilles d’envergures quelque peu publiables.
Ralenti d’humeurs noires, mais tenu à mon projet, le séjour semble ne pas avoir de droit sur les phrases solides de l’hier. Je suis venu avec un petit cartable de livres, et je l’ouvre en effet
et je lis :
« Les mots jetés contre le mur tombent mollement à terre. »
Joël Bastard, Casaluna
« La truite ne vient pas. Elle reste au noir ! […] Elle se garde au fond des facilités du voir et de son langage débordant. »
Ibid.
C’est là le beau zéro du jour. Aucune ode ne monte à l’atelier, et les pierres des gravas en barrent l’accès vif et certain.
« Mon cœur se fait secret comme un autel »
Anne Perrier, Selon la nuit
La difficulté spéciale de se trouver attablé à cette pêcherie inhumant les pierres précieuses du fond de la mer des sentiments. Rien ne vient sous la ligne de ce qui pourrait relever le défi. Le
silence. Un arrêté de la tête hoche à la proposition de dire cette sècheresse particulière, de la griffer de son talent de silencieusement. Le cœur est à plus tard où dans le soir il reprendra sa
gaine de superbe et de docilité. La rumeur de sa déposition file vers l’est quand la main engage le manège ; point une heure blême qui blanchit le feu de la stèle. Une rayure la parcourt de
son zèbre étoilé, et la mémoire s’y accole qui vaque à sa recollection. Le signe s’y reprend de haute lutte à le conquérir, et cette reprise enfantée dans le sable se libère le long du sablier,
parallèle à la lutte dans le ciel. Automate perfide qui réjouit la trombine de son double celluloïd, je me consigne dans le fait de cette absence, à mesure que le siphon me happe éperdu de dehors
avantageux. Une aile seulement retient la chute qui tarde à retentir. Versifiant un exclusif rien le palpitant regimbe à bifurquer ses voies pour les offrir au quadrillage, un air tourne vicié
qui emmure la plainte dans un ressac de ressorts tendus au facile de son immunité diplômée de vide et d’attente. Un sourire berne le front qui sommeille en répartissant un fluide de notations. Le
recueil se poursuit asséné d’impostures, et un gond grince de ce prurit de mots aux abords de la chambre. Nul déplacement d’air n’envisage la ravine de cette montagne, un poids spécial en retient
l’ascension, sous le coup de pied pourtant de l’intendant stylographe. Un soupir de méchante vanité déplace les lignes, et croît sur ce désert la ronce du poème à vau-l’eau, qui se maintient
d’être poursuivi par le désir de sa clôture. Je bats le rappel de mes cartes aux alentours de la coupe désertée, incohérent à peine et dessinant des virgules au fil de l’épée noire trempée.